Politique

Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 19:21

Converger malgré les différences

 

La gauche fourbit ses armes pour 2012, en jouant, quoiqu’en disent ses ténors, sur un antisarkozysme des plus basiques et cela, pour mobiliser les troupes… Restent des millions de personnes qui sont exclus de ses mouvements, parce qu’ils n’en ont pas les codes d’accès (culturels, pratiques, voir financiers pour payer des cotisations), soit par manque de communication ou d’échange des deux côtés, soit parce qu’ils ne sont pas fonctionnaires…

Parmi les différences culturelles, entre génération, s’en cachent d’autres qui sont à mon avis sous-estimées par les « mouvements » (d’un jour ?) en place :

Une majorité de jeunes, et moins jeunes, soient ne croient plus à une société étatiste, soit n’a pas envie de ce modèle là où chacun serait réduit au rôle d’un pion, inclus dans une pyramide où bien évidemment certains leaders d’extrême gauche seraient les chefs… Les inégalités de revenus et les injustices mobilisent, largement, mais les réponses programmatiques données ne prennent pas les tripes.

La liberté d’entreprendre est réduite à une idée libérale d’enrichissement et d’exploitation démesurée d’autrui. Alors que l’envie d’entreprendre, au sens large (animer une association, création artistique, SCOP…) ne pourra disparaître que si la démocratie disparait (et ce point là reste un non-dit qui de toute façon fracturera les mouvements de gauche pour longtemps). Plus largement l’économie (Ekonomos > gestion du foyer) est mal appréhendée, certains parlent d’un monde sans économie, mais lorsqu’on creuse cela veut dire que des armées de pauvres travaillent pendant que des activistes littérateurs touchent un revenu garanti – l’égalité est évacuée au profit d’un « individualisme élargie » (je cite) qui n’est pas de la politique (sans exclusion ni exclusive) ni du syndicalisme ouvrier (internationalisme, pour tous et toutes).

L’imaginaire révolutionnaire « fin de XIXème – première moitié du XXème » pèse dans les esprits, les postures, et les looks de ceux qui reprennent le flambeau d’un mouvement de transformation sociale et de justice. C’est regrettable de ne pas imaginer, vivre différemment. Laisser le destin d’un mouvement à ceux qui portent avec conviction (et non pas par une procovation type post punk électro) un tee shirt Ho Chi Minh laisse entrevoir les prochaines impasses dans lesquelles s’engouffreront des militants.

Pourtant les syndicats, le mouvement, les AG ont conscience de ces problématiques et les abordent, parfois dans des ambiances houleuses voir menaçantes (du moins dans les couloirs). Cette conflictualité gagnerait à être lisible et les positions de chacun, chacune, connues.

Ici je remets en évidence des constats souvent partagés… Quelles solutions trouver ?

LES PROCHAINS JOURS J’ABORDERAIS LES POINTS SUIVANTS :

LA PROBLEMATIQUE DES SURNUMERAIRES OU LE TERRITOIRE QUE NOUS NE PARVENIONS PAS A ASSUMER…

 

PRINCIPES : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, ETC.

RENCONTRES ET CONFRONTATIONS

ACTIONS / ANALYSES DE PRATIQUE

COMPOSER ENTRE NOUS

 

 

Par mygale - Publié dans : Politique
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Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /Oct /2008 15:30

Mouvement(s)

 

Un mouvement n'implique pas, nécessairement, de déplacement. Un mouvement dans un lieu de subordination (famille, entreprise, administration) ne signifie pas que les gens courent partout comme des lapins effarés, mais qu'ils transforment, par la lutte et l'effort du collectif, la situation dans laquelle ils se trouvent.

 

Un mouvement est transformation, avec ou sans déplacement.

Une fugue est un mouvement au delà-du déplacement, chez un adolescent comme en musique d'ailleurs.

 

Une grève est un mouvement dans sa tentative de bouleversement social, pas dans son déplacement en manif. Un soulèvement est une élévation de la conscience humaine qui n'est plus supposée, dès lors, individualisée (d'ailleurs, elle ne l'est jamais). C'est dans un mouvement social que la prise de conscience se développe, ou plutôt que les personnes en mouvement percutent, agencent des savoirs ou des "conclusions" qu'elles avaient déjà en elles pour en tirer des conclusions pratiques.

 

Naturellement, les mouvements se rencontrent au sein d'organisation sociales censées les transcender, d'une organisation anarchiste à un parti politique, en passant par un syndicat. Et là, la déconvenue est souvent cruelle. Des corpus du changement social ne sort qu'un agrippement rigide à des certitudes idéologiques vieille de bientôt deux siècles : construisons le parti, la force, le réseau - suez & souquez camarades, et après tout ira mieux. Les organisations créent au début mais finissent, souvent, par rigidifier et appauvrir les mouvements. La réflexion, le lancement d’action, l’apport créatif finissent étouffées par un groupe qui se sclérose, peu à peu.  

 

Surgit alors un paradoxe : alors qu'une partie de la population est souvent mobile sur pas mal de sujets, est prête à entendre parler d'alternatives à la précarité, de formation permanente, de solutions écologiques, de droits des minorités, les organisations représentant ces mouvements ont toujours plusieurs trains de retard en marche : en leur temps elles ont freiné des quatre fers concernant le mouvement féministe (voir la position du PCF ou des mao pendant les années 70 !), le mouvement homosexuel mais aussi le mouvement "low technologie" (simplicité volontaire) ou encore sur la déconnexion entre les ressources et l'emploi. Alors que des collectifs de chômeurs, de travailleurs sociaux et de personnes handicapées, parlent de revenu garanti et de formations de qualité tout au long de la vie, ou encore du dépassement du projet professionnel en projet de vie (collectifs de travailleurs sociaux) les organisations des lendemains qui chantent préfèrent voir les braves salariés rester éboueurs, caissières, toute leur vie. Il faut souffrir camarades.

 

Ce qu'on n'a pas compris, à ce moment là, c'est qu'on ne pouvait pas révolutionner la société sans révolutionner les organisations humaines qui sont partie prenante de cette société, ou celles qui sont supposées les transformer. Beaucoup d'anarchistes, d'autonomes, de communistes, élevé au biberon du soulèvement planétaire spontané type guévarisme (mal digéré sans doute), pensent qu'on peut faire n'importe quoi au quotidien, se diviser, snober la question de la précarité, ne pas se confronter à des débats et des altérités, mais qu'un jour, d'un claquement de doigt, tout changera. Claude Lévi Strauss ou Freud auraient appelé cela la pensée magique. C'est en tout cas une pensée religieuse, assez similaire aux rituels pentecôtistes dont les adeptes essaient, dans leur transe collective, de faire venir le paradis sur terre.

 

Des mouvements existent pourtant. Des mouvements qui dépassent les différences entre les individus du collectif, pour les mettre au service d'une cause. Des collectifs comme RESF, Ni pauvres ni soumis, Reporters sans frontière, ne demandent pas à leurs membres d'où ils viennent, mais ce sont les membres qui déterminent ensemble ce qu'ils font pour les sans papiers, les personnes handicapées ou précaires, ou encore les tibétains. Démocratiques, décentralisés, mobiles et actifs ces mouvements forment le renouveau et une rupture avec de morbides réflexes identitaires genre "les anarchistes contre les communistes contre les écolos, chacun dans son pré carré et les vaches seront bien gardées".

 

Cela bouge aussi au niveau des partis, dans le bon sens, je pense. Aujourd'hui en France, conscients des limitations, des erreurs du passé, se développent également le Nouveau parti anticapitaliste (nom temporaire de la formation issue de la LCR ) et le Parti ouvrier indépendant (le POI). L'intelligence collective des militants qui rejoignent ces deux forces a battu les tentatives de division et d'auto-marginalisation. D'autant plus que ces deux formations, triplent chacune leurs adhérents à cette occasion. C'est donc un réel élargissement. Un peu de neuf dans la mosaïque en miette des vieilles organisations sociales ? L’avenir le dira (ou pas). Ce qui est nouveau, c’est la volonté de se regrouper au plus près les uns des autres sans créer (trop) de doublon dans chaque localité (micro-groupes qui s’ignorent sans être capables d’expliquer leurs différences politiques).

 

Pour autant, regroupement n'est pas mouvement. Ces deux partis vont-ils réellement créer du nouveau par la suite ? Vont-ils accompagner, lancer ou amplifier des mouvements ?

 

Le passé et le présent ne nous pousseraient pas, a priori, à l'optimisme : le PS, le PCF, malgré leurs milliers de permanents, leurs moyens financiers, techniques, leurs locaux, leurs dizaines ou leurs centaines de milliers d'adhérents, ne sont pas réellement des forces où brillent l'étincelle de la créativité politique, en pratiques, en pensée. On attend les stars politiques, on applaudit, on soutien son écurie, on ne soutient pas le candidat (la candidate) désignée par "le parti", etc. (dans une sorte d'appétence, parfois morbide, parfois masochiste et joyeuse, pour l'autodestruction)

 

 Tout ceci, parce que les mouvements se sont arrêtés aux portes de ces partis.

 

Adhérer à un parti ne doit pas, à aucun moment, signifier l'arrêt de la créativité, du mouvement, des gestes dissidents et particuliers contre un système capitaliste et pour des alternatives au capitalisme. Le mouvement doit continuer à l'intérieur de ces structures. Dans ses écrits (exemple : L'âme et la vie) CG. Jung démontrait comment les trop gros groupes humains devenaient conservateurs, improductifs, attentistes et dans une certaine mesure paresseux (dans le sens où l'on se contente d'obéir à la tâche militante à accomplir).

 

Un parti, une force politique, devrait regrouper des équipes de franc-tireurs, qui feront des actions dans les espaces publics, qui penseront sans attendre l'assentiment ou l'autorisation de milliers de personnes. Une lourde organisation ne doit pas freiner ni l'élan vital (dans la déf. qu’en donne Bergson) ni le mouvement de libération politique, mais avoir en son sein une multitude de groupes qui se motivent et s'émulent dans un mieux disant émancipateur. Le parti politique doit se concevoir non pas comme un bloc monolithique mais comme un agrégat parfois chaotique, parfois autodiscipliné, de groupe de franc-tireurs dont les actions convergent vers le bien commun, la liberté et l'égalité, un système politique, économique et social qui permettraient aux personnes qui le souhaitent d'atteindre une forme de bonheur, de réalisations collectives et personnelles. Permettre, sans imposer. Certains aiment se complaire dans leur malheur, se créer des problèmes et on ne doit pas les contraindre à vivre autrement. Une société alternative peut, tout au plus, permettre à celles et ceux qui le souhaitent d'atteindre des formes d'épanouissement.

 

Un devenir possible, c'est que le NPA et le POI se figent en attendant 2012 et en se contentant, d'ici là, de faire UNIQUEMENT de l'anti-sarkozysme primaire sans dessiner en actes et en pensée les contours d'autres situations et d'une autre société possible. La création de ces partis n'est ou ne sera (concernant le NPA) qu'une étape. Il ne faut pas attendre qu' "Olivier" (il n'y aura pas de figure de prou médiatique au POI, on cherche à faire réellement différent) règle tous vos problèmes, comme par enchantement.

 

S'il fallait résumer les passions populaires, on pourrait dire : principe de sécurité (sociale...), principe de plaisir (le "du pain et des jeux" de l'empire romain). A la fois la vie et la survie des corps-esprits, ainsi que leurs exaltations.

 

Je pense qu'au-delà, il faut déborder des lignes et parler de sujets sociaux et sociétaux qui ne sont pas forcément liés à un clivage droite-gauche traditionnel :

- le sujet capital de production alternative et d'alternatives aux entreprises libérales classiques : coopératives, SCOP, regroupements de producteurs, regroupement d'auteurs comme cela s'est lancé en France (je reviendrai abondamment sur ce sujet qui casse l'individuation stricte des droits d'auteurs en reconnaissant la diffusion par capillarités et la pollinisation des idées)

- le rapport entre éducation et culture ;

- celui entre instruction des savoirs fondamentaux, apprentissage de l'autonomie, apprentissage de la vie sociale des élèves dans l'éducation nationale ;

- la question des rites sociaux : naissance, éducation familiale, rapport à la mort, la notion de référent. Existent-ils des rites structurants ?

- le rapport entre individu et collectivité - le fameux contrat social ; les organisations de transformation sociale doivent elles se substituer à un Etat soumis aux intérêts des capitalistes, pour proposer un contrat social qui n'aurait plus ce même Etat pour médiateur ?

- le rapport entre chaque situation, avec la communauté, et avec ce que certains appellent, mais que d'autres ne perçoivent plus, comme étant "la société".

- la notion de services citoyens ou collectifs.

                                                                                                              *****

 

La situation parait très noire :

- les médias sont mis au pas par l'Elysée ;

- la démolition sociale va continuer pendant l'été ;

- le Ministère de l'Intérieur organise le durcissement de la répression contre les combattants de la liberté, de l'égalité et de la fraternité que sont les sans papiers et les militants sociaux ;

- la situation se dégrade pour une large part de la population... Il faudrait être borné pour ne pas s’en rendre compte.

 

Ces situations exigent le regroupement, mais celui-ci ne sera rien sans mouvement qui traverse l'ensemble des situations que nous vivons. Nos vies ne sont pas saucissonnées ; c'est dans chaque situation, dans son entreprise, quartier, associations, famille et organisation politique, et ce au maximum de nos possibilités, d'impulser des mouvements vers l'émancipation et la transformation sociale.

 

En cela, il ne faut pas trop extrapoler par rapport au lancement du NPA et du POI, c'est juste une amorce. Le reste viendra de groupes de francs tireurs au sein de ces organisations, sous peine qu'elles ne soient que des institutions ronronnantes, un contre-pouvoir extrêmement territorialisé et symétrique à un capitalisme qui muterait pour s'adapter.

 

L’anti-sarkozysme ne suffira pas.

 

Le mouvement ne doit pas s'arrêter aux portes des organisations politiques !

 

Raphaël M,

1er juillet 2008

Par mygale - Publié dans : Politique
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